Skip to content

Allure / Fuir l’uniformité

Allure, n.f.Manière qu’a quelqu’un de se tenir, de se présenter, dans ce qu’elle a de caractéristique ; maintien ; attitude ; etc…

***

Au sein d’un journal porté sur l’art pourquoi traiter du vêtement ? La préoccupation du style n’est-elle pas en tant que telle d’une futilité désarmante face à la profondeur d’un morceau de musique ou la puissance visuelle d’une photographie ?

Peut-être. Peut-être pas.

ETC. Journal est un journal qui traite certes de l’art mais de l’art sous toutes ses formes, de l’art de vivre, oserais-je dire. J’entends souvent qu’une personne cultivée ne devrait pas se préoccuper de son style sous peine d’être classée dans la catégorie des superficiels. Je peux l’entendre. Si l’on se place d’un point de vue purement pratique, réfléchir à comment on se vêtit n’a pas de sens, nous nous vêtons avant tout pour nous protéger du froid et des intempéries. La fonction primaire du vêtement est de couvrir le corps pour le protéger. Pourtant, depuis que l’homme est homme il se prête au jeu de l’ornementation.

Pourquoi ?

Le style est un moyen d’exprimer son individualité, d’exprimer une personnalité, de montrer aux autres qui l’on est, de faire partie d’un groupe, parfois. Qui ne s’est jamais amusé à deviner la vie de quelqu’un uniquement par le biais de son apparence? Le vêtement a une fonction sociale, il catalyse les jugements que nous portons sur les personnes.

Une personne désintéressée par le vêtement n’est en rien un individu sans personnalité il est aussi légitime qu’un autre, mais son désintéressement dit quelque chose de lui. Le plus souvent, par ce comportement il exprime soit une rupture vis à vis de l’ordre établi et aux diktats de l’apparence, soit une lassitude, soit encore un désintéressement profond par rapport à ce sujet.

Si aucune de ces raisons n’est infondée, j’ai pourtant tendance à considérer que se désintéresser du vêtement est non seulement une erreur mais surtout, cela relève de la confusion. Il s’agit de distinguer la mode en tant qu’industrie et le fait de choisir ses vêtements avec attention.

La mode est un milieu extrêmement particulier et compte tenu de l’image superficielle que celui-ci véhicule je comprends parfaitement que l’on puisse y être hostile. En revanche, derrière les paillettes se cachent une industrie et des enjeux de société majeurs. Le développement d’une conscience citoyenne et environnementale est incontestable dans des secteurs tels que l’alimentation ou l’automobile car leurs effets néfastes ont été analysés, prouvés et communiqués à grande échelle. A l’inverse, la mode commence tout juste à sortir de sa torpeur. Une majorité de consommateurs n’a pas conscience des enjeux sociétaux qu’implique le simple choix d’un tee-shirt et les marques poussent sans cesse la tentation plus avant en renouvelant leurs gammes de manière permanente.

En clair, la mode aujourd’hui, c’est un secteur qui détruit la planète et exploite des populations entières, crée une frustration permanente chez le consommateur, tourne quelque peu en rond au niveau de la création et qui pourtant, voit son poids économique augmenter d’année en année.

Comment s’en affranchir ?

En repartant de la base, de l’origine de ce que l’on recherche par essence lorsque l’on choisit ses vêtements. D’aucuns veulent se sentir à l’aise, d’autres plaire, d’autres attirer l’attention ; chacun possède ses propres raisons. Alors, tout en conservant ce but, il s’agit d’individualiser sa démarche le plus possible pour se construire un vrai style, une allure qui nous correspond, qui correspond à qui l’on veut être.

De cette façon, on ne s’habille plus comme on nous l’impose mais tel que l’on est. Quelle libération ! Un vêtement choisi doit être un vêtement désiré, chéri, entretenu, porté, porté encore avant d’être jeté ou oublié. Choisir ses vêtements en pensant profondément à soi est le premier pas vers une consommation plus responsable, car moins volumineuse, et vers un renouvellement plus qu’attendu des silhouettes qui animent nos rues.

T.

Comments are closed.