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Négatif 0.22

Négatif, n.m. : étude anticonformiste et personnelle de la photographie.

Arianna Petri – Sans titre

« Père, mon ombre
Que je combats
Avec la force du gamin

Des gènes lointains
Me gènent
Je ne suis qu’un renégat

Sans père j’ère
Sans ombre
Je me perds

Et rien n’y fait,
Je me tais,
Je marche tout droit.

Père, un étranger parfait
D’une langue inconnue
Un triste miroir

Que je regarde
Que je casse
Par mes poings.

Rares sont les sourires
Les rires d’amitié
Un ennemi à éliminer

Sans haine.
Tuer le père
Pour être fils

Rester enfin sans maux
Parfois sans mots,
Pour tout dire

Ouvertement
Devant tout le monde
Un monde fini.»

Je me souviens cette journée ensoleillée, quand ma mère a voulu qu’on pose pour elle, quand tout a basculé. Après plus rien n’a été comme avant.
C’était le matin, au petit déjeuner avec mon père. Les torses nus, nous dévorions le pain fraichement cuit. Le thé fumé et le soleil jouaient à un jeu de cache-cache dans ma tasse. Mon père ne parlait pas à son habitude, il pensait à la structure des arbres centenaires, à leur ADN – l’empreinte d’un temps révolu. Ma mère et son appareil photo lisaient un roman sur l’histoire des  soldats romains perdus en Germanie barbare.  Ceux qui ont pu revenir témoignaient en exclusivité leurs sentiments les plus distinguées.
J’ai toujours aimé les séances photo en tête à tête avec ma mère et son appareil photo. On formait le trio parfait. J’aimais ces moments intimes et précieux du temps d’une pellicule, et les partager avec quelqu’un d’autre me procurait une douleur au ventre. Ce matin-là, nous étions à peine réveillés, et tous les deux avec mon père nous nous sommes levés pour prendre la pose. Je me suis retrouvé en face de lui assez près, pour la première fois de ma vie. On se regardait droit dans les yeux et j’ai compris que je suis de lui, mais que je ne l’aime pas.
Maintenant, en prison, je ne regrette rien.

G.

***

Lam Max – DongGuan BSN Coffee

Je connais cette impression. Celle d’un regard insistant qui me fixe. Il me transperce la nuque et ma peau me picote. Je frissonne. Frisson d’inquiétude ? De plaisir ? De dégoût ? Je ne sais pas. Je suis presque sûre de ne pas le connaitre. Je n’ose pas me retourner. Je le sens. Juste là.

Je n’ai vu que sa nuque. Cheveux coupés au carré. La courbe de son cou et de ses épaules m’a happé. La lumière tamisée par les persiennes m’offre cette courbe sensuelle. Les lignes se mêlent au gré des rayons de soleil. Les éclats chatoyants qui dansent sur sa peau m’hypnotisent et m’obsèdent.

Depuis le bar, je vois cet homme qui s’est arrêté. Comme frappé par la foudre. Son regard est vide et perdu. Etrange.
L’endroit est calme aujourd’hui. Seule, une jeune femme est assise près des persiennes.

E.

Tous droits réservés. 

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