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Vibrato . Rural Colours

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Lors des promenades sur les berges du Han, il refusait de discuter. Il semblait se blottir contre quelque chose, comme une enveloppe protectrice. Moi, j’étouffais dans ce brouillard gazeux. J’avais appris à savourer les rares caresses de lumière crue, le matin parfois, alors que la ville ne s’était pas encore jetée dans les échangeurs, quand l’air desserrait son étreinte. Lui ne connaissant pas ce moment, il veillait sur le ballet des machines à l’ombre des grands hangars aux premières heures du jour, ignorant mon instant de poésie. Au zénith timide des fins de matinée, je contournais la colline terreuse qui dominait les industries et je venais à sa rencontre. J’aimais arriver tôt, voir les hauts battants clos dévisager la cour, puis céder sous l’impulsion des centaines de travailleurs libérés du labeur. Se tenant à l’écart de la bousculade, il me rejoignait, l’air calme et apaisé.
Nous nous sommes quittés ainsi. Je suis parti à la campagne et il est resté là. Après quelques jours, le premier courrier à retrouver ma trace était écrit de sa main.

“Mon cher frère,

Ce midi j’ai marché comme nous marchions ensemble, de la sortie de l’usine jusqu’au pont doré. J’ai d’abord cru que tu allais m’attendre au surplomb de la butte, mais tu es parti maintenant. Au sortir du vacarme de la ferraille, rien n’égale le silence contrasté de notre ville. Sous son voile opaque, elle carillonne de mille sons enchanteurs, des compositions chaque jour réécrites. A cette maîtresse d’improvisation je remets la paix de mon corps et la tranquillité de mon esprit, je ne manque plus de rien. Sinon de toi et de ton questionnement attentif. Je crois que tu n’entendais pas comme moi, aussi je te transmets cet enregistrement qui je crois parle mieux que les mots. 

Affectueusement,

C.“

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Par ici, pour en découvrir davantage sur Rural Colours.

A.

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